Souvenirs d’Ouzbékistan (3/4) |
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Autour de nous, plus personne. Et cette dent qui reluit d’une lumière terne, froide. Son sourire se fait beau, si faux. Je marmonne des excuses, je veux m’en aller. Il me retient le bras. D’un geste brusque, je l’arrache de son étreinte et m’élance en travers de la chaussée. En passant juste devant une file de voitures, je me sépare d’eux pour un instant. Là, dans l’obscurité d’un lampadaire brisé, un taxi somnole. Je jette un regard par dessus l’épaule: les deux silhouettes se faufilent parmi les voitures, grandissent, s’approchent. Je tape contre le capot, ouvre la portière, plonge à l’intérieur. «Partez ! Vite !», je m’écrie. Mais le chauffeur somnole, lui aussi. Comme émergeant d’un rêve séculaire, il me demande d’une voix fatiguée: «Mmmh… mais où voulez-vous aller ?» - «N’importe où ! C’est égal ! Mais partez, vite !», je m’écrie. Il me sourit aimablement et dit encore plus lentement : « Et… combien… combien me donnerez-vous ?» Une porte claque. L’un d’eux est déjà assis sur la banquette arrière. Il jette au conducteur : «Toi, ne te mêle pas de ça.» L’autre me menace du poing à travers la fenêtre baissée. (...)
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